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14 septembre 2016

Des médailles ... Et après ?

Directrice de l’association Collectif Sports et auteure du livre "Le sport, des médailles, et après ?", Véronique Barré estime qu’une après-carrière réussie repose principalement sur l’engagement des clubs dans cette démarche et la possibilité des athlètes de s’ouvrir à d’autres horizons au cours de leur parcours sportif. Rencontre.

1er volet / Le sportif de haut niveau : « Le parcours sportif n’est pas encore reconnu comme une compétence professionnelle à part entière »

 

Pourquoi la reconversion professionnelle est-elle si souvent difficile et appréhendée par les athlètes ?
 

Sur ce plan, il convient de préciser que tous les sportifs ne sont pas égaux. Quand certains ont la capacité, ou la possibilité par la maitrise de leur emploi du temps, de mener de front carrière sportive et études ou de s’intéresser à des sujets très éloignés de leur pratique, d’autres ont le nez dans le guidon et préfèrent se consacrer corps et âme à leur discipline. On compte dans cette catégorie, des personnes monomaniaques, obsédées par leurs performances sportives qui ne veulent penser à rien d’autre. Il y a aussi ces athlètes qui voudraient s’extraire de leur milieu alors que leur environnement ne s’y prête guère. Ce fut par exemple le cas de l’ancienne championne de ski Florence Masnada qui a préparé son après-carrière en cachette de peur de se voir reprocher par ses entraîneurs un manque d’implication.

 

"Tout ce qu’ils font au quotidien les ramène à leur identité sportive, une image qui va leur coller à la peau toute leur vie"

 

Dans les clubs professionnels, on retrouve la même pression exercée sur l’athlète, qui après tout est un employé « presque » comme les autres : on le paie pour qu’il soit performant, et non pas pour qu’il fasse autre chose que son sport, son métier. D’autant que dans la plupart des cas, l’équilibre économique d’un club est fragile et dépend des résultats sportifs obtenus sur le terrain.

L’autre difficulté réside dans la préparation psychologique de l’après. Les sportifs consacrent 80 % de leur énergie à la performance. Tout ce qu’ils font au quotidien les ramène à leur identité sportive, une image qui va leur coller à la peau toute leur vie. Puis, du jour au lendemain, tout cela s’arrête. Ils sont alors relégués au statut d’ancien sportif. Qui sont-ils alors ? Dans la tête, forcément, tout se complique.

 

L'après-carrière se programme, c'est un chemin parsemé d’embûches qui exige de la part de l’athlète une forte mobilisation. Le moteur d'une reconversion réussie n’est-il pas l’envie finalement ?

 

L’envie certes, mais l’envie de quoi quand on n’a pas ou peu eu l’occasion de s’ouvrir au monde extérieur ? Pour susciter l’envie, il faut donner à voir ce monde aux sportifs, les mettre en situation. Collectif Sports intervient dans de nombreux clubs, parmi lesquels le CA Brive [club de rugby évoluant en Top 14, équivalent de la 1ère division] qui est particulièrement actif sur la question du devenir de ses joueurs. Fréquemment, des entreprises se rendent au siège du club pour présenter leur filière métier, suscitant l’intérêt de certains. Les joueurs font aussi le chemin inverse vers l’entreprise. Le plus souvent les sportifs de haut niveau évoluent dans une tour d’ivoire, dans un univers extrêmement clos. Il faut leur ouvrir le champ des possibles. C’est une solution gagnant-gagnant : voyant son horizon s’éclaircir, le joueur se libère et multiplie les bonnes performances en club.

 

 « Le parcours sportif n’est pas encore reconnu comme une compétence professionnelle à part entière »

 

D’autant que les qualités développées durant une carrière sportive sont parfaitement transposables dans le monde de l’entreprise. Par exemple, l’ancien cycliste professionnel Jérôme Bouchet est aujourd’hui à la tête d’une société très performante spécialisée dans la création de jardins et l’entretien d’espaces verts car il a mis à profit son expérience d’athlète. A l’époque où il était capitaine d’équipe, il définissait la stratégie avec le directeur sportif, donnait des consignes à ses coéquipiers, distribuait les primes d’étapes le soir dans la chambre d’hôtel… Autant de responsabilités qu’il exerce à nouveau en tant que chef d’entreprise.

Un champion n’est pas comme tout le monde. Il met en jeu des compétences qui sont au dessus de la moyenne. Le potentiel d’expertise est en lui mais il doit apprendre à le recontextualiser.

 

La place faite au recrutement et à l'accompagnement des sportifs au sein de l'entreprise évolue-t-il ?

 

Je constate que le diplôme demeure l’incontournable sésame. L’athlète qui a reçu une formation durant sa carrière a toutes les chances de s’en sortir. Mais celui qui a tout misé sur sa carrière et délaissé l’après est généralement cantonné à son image d’ancien sportif. Le problème est que le parcours sportif n’est pas encore reconnu comme une compétence professionnelle à part entière. Les entreprises ne devraient pas recruter un sportif pour des raisons purement marketing, elles risquent d’être déçues. Un cycliste ne développe pas les mêmes qualités qu’un judoka, qui lui-même se distingue du volleyeur ou du rugbyman. Je dis souvent aux entreprises qui n’ont pas conscience du potentiel des sportifs : « C’est dommage de laisser votre Ferrari au garage. »

 

* aux éditions Descartes & Cie

 

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