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15 décembre 2015

Sonia Souid : un agent plus très secret

A 30 ans, Sonia Souid compte parmi les très rares femmes agents de footballeurs internationaux. A la faveur de quelques transferts retentissants, la jeune auvergnate s’est fait un nom et entend ne pas en rester là.

En 2013, une enquête réalisée par l’INSEE et dont s’était fait l’écho Slate.fr, montrait que le football était le sport le plus machiste de France avec seulement 4,1 % de femmes licenciées. Et côté coulisse ? Pire encore. Quasiment tous les postes à responsabilité, de président de club à entraîneur, sont occupés par des hommes. Mais depuis quelques années, subrepticement mais sûrement, quelques-unes osent donner un coup de pied dans la fourmilière et titiller ce monopole séculaire. Rares, donc visibles, elles font naturellement les choux gras des médias et deviennent peu à peu des figures incontournables dans le milieu du ballon rond.

Sonia Souid, 30 ans, agent de footballeurs de son état, fait partie de celles-là. Cette grande brune élancée perchée sur des talons aiguilles commence à se tailler une solide réputation auprès des hommes en short et des dirigeants de clubs professionnels français et étrangers. A son actif, elle compte déjà trois faits d’armes : en janvier 2012, la jeune femme est à l’origine du premier transfert d’un joueur venu du golfe Persique en Europe ; en juillet 2013, c’est encore elle qui provoque le premier transfert payant d’une femme footballeuse en France ; et c’est à nouveau elle qui, un an plus tard, convainc un club professionnel de Ligue 2 de nommer pour la première fois une femme coach à la tête de son équipe première. Trois précédents dans un univers extrêmement fermé qui portent la signature d’une femme… Une sacrée performance !

 

Ancienne Miss Auvergne

 

Si elle n’a jamais pratiqué le football, Sonia Souid a toujours baigné dans l’univers sportif. En Auvergne, d’où elle est originaire, cette fille de préparateur physique a été joueuse de volley-ball professionnel. « J’ai intégré le Pôle Espoir de Riom mais j’ai réalisé très vite qu’une carrière de sportive de haut niveau ne me convenait pas, ce n’était pas fait pour moi ». La jeune fille entame alors des études de médecine et décide de passer son permis de conduire. « A cette époque, j’étais un vrai garçon manqué, je ne faisais aucun effort vestimentaire mais ma monitrice d’auto-école me trouvait jolie et m’a inscrite à Miss Auvergne 2003 », raconte-t-elle le sourire aux lèvres. A sa grande surprise, elle remporte le concours et obtient le droit de participer à l’élection de Miss France l’année suivante.  « Devenir Miss n’a jamais été un rêve de petite fille, je l’ai fait par curiosité. Pour moi, c’était une compétition comme une autre. Le seul point négatif, c’est que cet évènement m’a complètement gâché mon année de médecine ».

Pour Sonia, c’est l’heure de la remise en question. « J’avais 20 ans et je ne savais pas quelle suite donner à ma carrière », livre-t-elle. Elle décide de quitter le cocon douillet auvergnat et de tenter sa chance à Paris où elle partage une chambre de bonne avec deux copines, dont Miss Paris, prend des cours d’art dramatique et enchaîne les boulots à la petite semaine comme mannequin ou hôtesse d’accueil. « Je gagnais ma vie mais je stagnais. »

 

Agent dans le golfe persique

 

Quelques mois plus tard, de passage à Riom, elle reprend contact avec le président de son ancien club de volley-ball, connu comme le loup blanc dans toute la région. Décelant chez elle de nombreuses qualités, il la prend sous son aile, lui présente « des gens importants », lui donne le sens de l’entregent et surtout confiance en elle. « Je luis dois énormément, confie-t-elle, il m’a mis le pied à l’étrier au sens propre comme au figuré puisqu’il m’a aussi appris à monter à cheval. » Ses nombreux contacts lui permettent de se lancer dans une nouvelle carrière : l’immobilier de luxe. Une expérience grâce à laquelle elle va parfaire son sens des affaires et passer maître dans l’art de la négociation.

Mais Sonia s’ennuie. Et le monde du sport lui manque. Elle demande conseil à son père qui lui explique que d’agent immobilier à agent sportif il n’y a qu’un pas qu’il ne faut pas hésiter à franchir. Euréka ! L’ancienne volleyeuse décide de passer l’examen d’agent sportif, bûche durant quatre mois à raison de 15 heures par jour et fait partie des 5 % de reçus. Victoire ? Pas si vite. Ne comptant aucun réseau dans le milieu sportif, et notamment celui du football où elle veut percer, Sonia Souid connaît des premiers pas difficiles. « J’ai croisé des agents aguerris qui m’ont fait comprendre que je n’avais aucun avenir dans ce métier, que cela ne servait à rien de m’acharner… Quand on a 25 ans et qu’on est une femme, c’est encore plus dur de ne pas douter. » Aucunement découragée, elle choisit en 2010 de partir au Qatar pour rejoindre son père qui travaille au centre Aspetar de Doha, une clinique de médecine sportive ultramoderne. « Le Qatar et les Emirats Arabes Unis comptaient très peu d’agents à cette époque, une dizaine tout au plus contre plus de 400 en France. Là-bas, il y avait un vrai marché à conquérir et j’avais toutes mes chances », relate Sonia. Ce choix s’avère rapidement payant puisque son premier client n’est autre qu’Ismaïl Matar, le meilleur joueur émirati. Puis, lors du mercato d’hiver 2012, elle tente un coup : persuader Jean-Michel Aulas, le président de l’Olympique Lyonnais, de recruter le défenseur international émirati Hamdan al-Kamali. Pari réussi ! Si le joueur ne laisse pas un souvenir impérissable dans le Rhône, la Clermontoise réalise un joli coup de com’ et intègre dans la foulée Essentially, la filiale du groupe britannique CSM Sports & Entertainment, un poids lourd mondial du marketing sportif.

 

Présider un club

 

Jouissant d’une belle popularité aux Etats-Unis et dans les pays nordiques, le football féminin n’en est encore qu’à ses balbutiements en France. Au grand dam de Sonia Souid qui souhaite lui donner plus de visibilité. Son rôle de prescripteur commence avec le transfert de l’internationale tricolore Marie-Laure-Délie de Montpellier au Paris Saint-Germain pour la somme de 60 000 euros, un acte inédit en France pour une footballeuse. Une opération là aussi très médiatisée dont se sert l’agent pour créer l’association Ballon Aiguille, qui fait la promotion du football féminin, puis Femmes et Sport, qui défend les valeurs de la gent féminine tous sports confondus. Jamais rassasiée, Sonia Souid abat à l’orée de l’été 2014 une nouvelle carte : confier les rênes d’une équipe masculine de foot à une femme entraîneur. « Une folie mais ça a marché ! » réagit-elle. Clermont Foot, club de Ligue 2, accepte la proposition. La Portugaise Helena Costa signe… puis démissionne un mois plus tard, « affolée par le buzz que cette nomination inédite avait provoqué ». Sonia ne se résigne pas pour autant et réussit à faire venir Corinne Diacre, ancienne joueuse de l’équipe de France qui vient d’obtenir son diplôme d’entraîneur. Celle-ci est d’ailleurs toujours en poste.

Aujourd’hui, la businesswoman compte une quarantaine de clients et développe une relation de confiance avec des clubs du monde entier, tout heureux de pouvoir « s’appuyer sur des relais sérieux » plutôt que sur des Tartuffe quand il s’agit de recruter des joueurs encore méconnus. Et plus tard ? « L’objectif est de me faire un nom et j’espère un jour avoir l’opportunité de présider un club. » Ce qui serait là aussi un très joli coup.

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