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28 octobre 2015

Gévrise Emane : « Ma reconversion, j’y pense depuis le début de ma carrière »

Alors qu’elle est au crépuscule de sa carrière, la judokate française, 33 ans, revient sur son parcours sportif exceptionnel, expose sa vision du judo féminin et évoque sa reconversion. Rencontre.

Gévrise Emane, ici en 2012 à Londres

 

Sereine. Imperturbable. Sur les tatamis comme en dehors, Gévrise Emane se laisse rarement prendre en défaut. Chez elle, les réponses aux questions qu’on lui pose sont aussi précises et ciselées qu’un uchi-mata. Cette maîtrise, la Française native de Yaoundé, au Cameroun, la doit en grande partie à une carrière bien remplie - auréolée de trois couronnes mondiales, de quatre titres européens et d’une médaille de bronze olympique - et à un équilibre familial à toute épreuve. « J’ai toujours été entourée par ma famille, elle m’aide à faire les bons choix et à ne pas trop me disperser », confie la pensionnaire du Levallois Sporting Club.

 

Des débuts tonitruants

 

Gévrise attrape le virus du judo à l’âge de 13 ans au collège par l’entremise de son prof d’EPS qui est aussi judoka. Très vite, les victoires s’enchaînent à mesure que les compétitions se succèdent. Et les portes de l’INSEP (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance), ce grand pourvoyeur de champions, finissent naturellement par s’ouvrir à elle, huit ans seulement après des débuts tonitruants. « L’INSEP a été un incroyable tremplin, il m’a permis d’atteindre le très haut niveau. » Un très haut niveau qu’elle côtoie pour la première fois en 2003 à l’occasion du Tournoi de Paris, épreuve majeure dans le calendrier international. Contre toute attente, la jeune Gévrise décroche le bronze dans la catégorie des moins de 70 kg. Une performance qui va, de fait, revêtir des allures de déclic. « C’est mon souvenir le plus marquant, ma compétition référence, car j’ai fait preuve ce jour-là d’un état d’esprit irréprochable qui depuis ne m’a jamais quitté », raconte la championne, qui concède malgré tout que son parcours a aussi été jalonné de quelques accidents industriels comme son élimination au premier tour des Jeux Olympiques de Pékin en 2008 alors qu’elle figure parmi les favorites. « Mais, je n’ai aucun regret, je vis dans le présent et ne regarde jamais derrière. » Après avoir empoché un nouveau titre mondial en août dernier à Astana (Kazakhstan), le prochain défi de cette fille de diplomate sont les JO de Rio-2016. Un rendez-vous qu’elle prépare consciencieusement depuis deux ans. Elle aura alors 34 ans. L’heure de remiser son kimono au vestiaire ? « Je ne sais pas encore si j’arrête après les Jeux, dit-elle. Pour l’instant, je me concentre sur cet unique objectif, après on verra. »

 

Une future carrière de prof de sport

 

Gévrise Emane peut de toute façon se rassurer. Les candidates à sa succession (Automne Pavia, Clarisse Agbegnenou…) ne manquent pas. « L’équipe de France peut s’appuyer sur des jeunes filles très prometteuses qui ont la chance aujourd’hui de bénéficier d’une bonne visibilité et d’une vraie reconnaissance. En quinze ans de carrière, je suis bien placée pour dire que le regard des hommes sur les judokates a beaucoup évolué. Ceux qui considèrent que le judo féminin est peu spectaculaire, voire ennuyeux, sont de plus en plus rares. »

Si le judo occupe une grande partie de sa vie, Gévrise n’a jamais négligé le reste : ses études et sa reconversion ont ainsi toujours été une préoccupation majeure. « Un sportif de haut niveau n’est jamais à l’abri d’une blessure qui peut ruiner sa carrière. Donc, la reconversion, il faut y songer très tôt. Mes parents m’ont toujours poussée à suivre en parallèle des études universitaires. Après avoir été pendant sept ans sous convention avec les douanes (contrat de travail d’une ou plusieurs années liant une entreprise privée ou publique à un athlète de haut niveau qui perçoit ainsi un salaire, NDLR), je me prépare à devenir prof de sport (qu’il ne faut pas confondre avec prof d’EPS. Dépendant des ministères de la Santé et des Sports, il intervient notamment dans la formation et la promotion des activités physiques et sportives, NDLR). » La tête sur les épaules, sûre de son fait et bien dans son kimono, le surnom de Gévrise Emane ne serait-il pas « la force tranquille » ?  

Retour sur le sacre mondial de Gévrise Emane en vidéo 

Crédits Photo : AFP / Johannes Eisele

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